Ombres de mes livres

 

… où j’ai cherché à esquisser les silhouettes des
premiers possesseurs de mes livres anciens.
 
 
 
Guy Le Gentil, marquis de Paroy
(1728-1807)
Le livre :

Jean de la Fontaine : Œuvres diverses

à Paris, chez Jean-Luc Nyon Père, 1744

Le fer du possesseur :


Ecu timbré d’une couronne ducale, portant des ailes à ses angles supérieurs :

« D'azur au dragon d'or lampassé de gueules »

 
Guy Le Gentil, marquis de Paroy
(20 juillet 1728 - Fontainebleau 24 mai 1807)
Seigneur d'Auxence et des Tillières

Propriétaire dans l'ile de Saint-Domingue

Sous-lieutenant au régiment des Gardes-Françaises

Lieutenant pour le roi du baillage de Provins, Meaux et Château-Thierry

Chevalier de Saint-Louis

Député de la noblesse aux Etats-généraux de 1789

 
A l'épreuve de la Révolution :

Guy Le Gentil commença modestement sa carrière militaire comme enseigne puis sous-lieutenant aux Gardes-françaises. Il reçut la croix de Chevalier de Saint-Louis.

La succession de son père, un gentilhomme breton devenu riche propriétaire dans l'ile de Saint-Domingue, puis un beau mariage en 1749 avec la fille du comte Louis-Philippe de Vaudreuil, lieutenant général des armées navales, lui permirent d'acquérir la terre de Paroy, en Brie, qu'il fit ériger en marquisat en 1752. Il détruisit l'ancien château de Paroy pour reconstruire un neuf.

Le 12 mars 1766, il devint grand bailli d'épée des villes et comté de Provins, Meaux et Château-Thierry, l'un des trois lieutenants pour le roi des provinces de Brie et de Champagne.


Le marquis de Paroy fut élu en 1789 député de la noblesse du bailliage de Provins aux États généraux. Royaliste fervent, il défendit le roi pendant les journées d'octobre 1789 et renonça rapidement à son poste de député de la Constituante.

Il émigra en 1791. Le Comte de Provence le nomma gouverneur de St Domingue. Passant par Paris pour rejoindre l'océan, il voulut obtenir la confirmation de son poste par Louis XVI. L'accueil froid du roi le fit renoncer et il retourna à Coblentz.

Il revint rapidement à Paris qu'il quitta après le 10 août 1792 pour Fontainebleau. A la nouvelle de l'exécution de Louis XVI il chercha à s'exiler à St Domingue en s'embarquant à Bordeaux mais il y fut arrêté et emprisonné dans de mauvaises conditions. L'intervention de Thérésa Cabarrus, future Madame Tallien, permit de le délivrer. Il séjourna sous surveillance à Fontainebleau et à Paroy avant d'être enfin rayé de la liste des émigrés.
Propriétaire d'habitations sucrières et caféières à Saint-Domingue

Après un voyage autour du monde, Le Gentil de La Barbinais, gentilhomme breton, s'établit dans l'ile de Saint-Domingue où il devient conseiller au Conseil supérieur du Cap (1726), puis commissaire ordonnateur dans cette ville (1729). Il acquit  un important patrimoine constitué d'habitations sucrières et caféières.

Son fils, Guy le Gentil, futur marquis du Parois, lui succéda vers 1740. Il possédait autour de Limonade de vastes plantations : Habitations Paroy (106 carreaux de terre), Bellevüe (367 carreaux de terre), Les Ecrevisses, La Grande Place au Moka, Bellevue des Monts, etc.

Un inventaire de 1774 mentionne, avec les bestiaux, les esclaves utilisés : " Nègres (nègres, négresses, négrillons, négrittes), répartis par métier (sucriers, chauffeurs, mouliniers, cabrouettiers, valets, nègres de place, ouvriers, charpentiers, tonneliers, apprentis, domestiques, invalides), chacun avec son nom et sa nation (Créole, Congo, Arada, Mesurade, Fonda, Adia, Bambara, Timbou, Tiamba, Sénégalais, Fatago, Mina, Nago, Temploma, Ibo, Mondougue, Dagonan, Soso). Soit un total de 577 « têtes » ".

La gestion des propriétés entrainait des litiges à l'exemple d'un arrêt de 1779 "qui casse et annule celui du conseil supérieur du Cap du 5 février 1779, obtenu par la négresse Lizette, contre Guy Le Gentil, marquis de Paroy, et qui évoque au Conseil du roi les contestations sur lesquelles l'arrêt est intervenu ; l'arrêt stipule que le marquis de Paroy remboursera à la négresse Lizette les 3 000 livres qu'il a reçues d'elle pour l'affranchissement du nègre Antoine, son fils, et autorise le marquis de Paroy à faire arrêter ledit Antoine, soupçonné d'empoisonnement".

Deux des habitations de Guy Le Gentil furent incendiées lors de la révolte des esclaves de 1791 et la famille chassée quelque temps après. Les héritiers du marquis bénéficieront de l'indemnité versée aux colons après l'indépendance de Saint-Domingue.
Un fils courageux

Jean Philippe Guy le Gentil, comte du Paroy (1750-1824), est le fils du marquis du Paroy. Graveur et miniaturiste de renom, il devient membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture.

Il est précepteur du Dauphin, futur Louis XVII, pour lequel il utilise en 1791 la « lanterne magique ».

Le comte de Paroy fait partie des gentilshommes présents aux côtés du roi lors de la « Journée des Tuileries » le 10 août 1792.

Après 1793 il continue à faire et à vendre des portraits de la famille royale.

Il est l'auteur des « Mémoires du comte de Paroy : souvenirs d'un défenseur de la famille royale pendant la révolution (1789-1797) »  publiés par Etienne Charavay en 1895.
Les Le Gentil, nobles bretons :

La famille remonte au XIII° siècle. Hervé Le Gentil, écuyer, est le premier seigneur de Barvédel (Ploeven-Porzay, Cornouaille, Bretagne); il est mentionné en 1298. En 1376 Jehan 1er Le Gentil, chevalier, compagnon d'armes du connétable Bertrand Du Guesclin, est seigneur de Barvédel et de Pontlez.

Les Le Gentil devinrent par la suite comtes de Rosmorduc, barons de Quélern, seigneurs de Coëtninon, Pencran, Tromeur, Kérazan, etc., toujours dans l'actuel Finistère. Leurs armoiries (« D'azur au dragon d'or ») sont mentionnées dès le XV° siècle.

En 1694, Alain Le Gentil, seigneur de Rosmorduc, à la tête des milices des garde-côtes, fut grièvement blessé à Camaret, au sud de la rade de Brest, lors d'une tentative pour repousser une incursion anglaise.

Le père du marquis de Paroy, seigneur de la Barbinais, est connu pour son tour du monde, le premier effectué par un navigateur français, entre 1714 et 1717.
Ex libris d'Alphonse Chassant :

Le livre porte un ex-libris bistre monogrammé, avec la devise Vita Sine Litteris Mors Est.

Il a été apposé par Alphonse Chassant (1808-1907), paléographe et historien de l'art, conservateur du Musée d’Evreux.

Il est l’auteur des ouvrages suivants : Dictionnaire des devises historiques et héraldiques, Dictionnaire de sigillographie pratique, Paléographie des chartes et manuscrits du XIe au XVIIe siècle, etc.
J’ai reçu un message d’un descendant de Jean Richard Antoine Robert Butler, lieutenant des vaisseaux du Roi à Rochefort, dont la  famille, comme celle des Le Gentil, avait des intérêts à St Domingue (Limonade 1716); ce marin était un ami très proche des Vaudreuil, famille de l'épouse du marquis du Paroy.

Il possède, comme moi, un livre portant les armes du marquis du Paroy dont l’ex-libris est reproduit ici.
Sources :

> Portrait : http://frenchsculpture.org/fr/sculpture/3164-guy-le-gentil-marquis-de-paroy?rk=34

> Note Archives nationale d’outre-mer : http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/wz818usupvt

> Archives Guy le Gentil : http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/lot-ventes-aux-encheres.jsp?id=1326666

> Lettre de la Miniature : http://www.lemoinebouchard.com/newsletter/Lettre-de-la-miniature-numero-19.Juillet-2013.pdf
 
> Biographie : http://patrimoine-de-france.com/seine-et-marne/paroy/jardin-d-agrement-dit-parc-du-chateau-de-paroy-1.php
 
> Ville de Paroy : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paroy_(Seine-et-Marne)

>
Mémoires du comte de Paroy : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36413g

> François-Alexandre Aubert de La Chesnaye des Bois : Dictionnaire de la Noblesse, Vve Duchesne, 1774, page 173.


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