Ombres de mes livres

 

… où j’ai cherché à esquisser les silhouettes des
premiers possesseurs de mes livres anciens.
 
 
 
Le pape Pie VI (Giovanni Angelico Braschi)
(1717 - 1799)
Le livre :



Joannis Devoti :

Institutionum Canonicarum

 à Rome, chez Joannes Zempel, 1793



N.B. Cette reliure a des fers très proches de celle des Albani.
Il n'est pas impossible que les deux familles aient utilisé le même relieur.
 



Le fer du possesseur :


Ecu timbré d’une tiare papale
et posé sur deux clés rangées en sautoir :

« De gueules au zéphyr d'argent soufflant sur un bouquet de lys au naturel posé sur une plaine de sinople, au chef d'argent à trois étoiles d'or.  »

 



Le pape Pie VI
comte Giovanni Angelico Braschi  
(Cesena [Romagne] 25 décembre 1717 - Valence [France] 29 août 1799)


Abbé commendataire de Subiaco

Secrétaire du légat pontifical à Ferrare

Secrétaire particulier du pape Benoît XIV

Trésorier de la Chambre apostolique

Cardinal-prêtre du titre de Sant'Onofrio al Gianicolo

250° pape de l’Église catholique

Pape dans une période troublée :
 
Giovanni Angelico Braschi est issu d'une famille noble de Romagne. Il est né le 25 décembre 1717 à Cesena.

Il devient secrétaire du cardinal Tommaso Ruffo, légat pontifical à Ferrare puis doyen du Sacré collège. Son habileté diplomatique lui obtient la charge de camérier secret de Charles VII, premier souverain Bourbon du royaume des Deux-Siciles.

En 1753, il devient secrétaire particulier du pape Benoît XIV et, en 1766, il obtient la charge de trésorier de la Chambre apostolique. En 1773, il est créé cardinal par le pape Clément XIV.

C'est donc un "prélat de curie" qu'un très long conclave (5 octobre 1774 - 15 février 1775; 265 tours de scrutin) élit pape sous le nom de Pie V.

Son pontificat correspond à une période difficile pour la papauté. Pie VI doit faire face au joséphisme puis à l'invasion française des territoires pontificaux.
Travaux aux Marais Pontins :

Dès 1777, le pape se préoccupe de l'assèchement des Marais Pontins, grande zone marécageuse du Latium.

Il charge l'ingénieur bolonais Gaetano Rapini des premiers examens. Se passionnant pour ces travaux, Pie VI se rend à plusieurs reprises sur place.

Rapini conçoit un projet de canal parallèle à la voie Apienne, le Canal Pio, et l'endiguement du Portatore.

D'énormes travaux sont entrepris de 1777 à 1783 pour creuser le canal puis pour y amener les eaux. Face à des difficultés d'écoulement des eaux, de nouveaux canaux, le canal Sisto et le canal de la Schiazza, sont creusés. Les travaux ont duré jusqu'en 1796 avec un succès mitigé.
Confronté au "joséphisme" :
 
Le "joséphisme", promu par l'empereur Joseph II, frère de Marie-Antoinette, vise à placer la religion et les églises sous le contrôle de l'État en s'appuyant sur les  principes de la Raison tels qu'on les comprend à l'époque des Lumières.

Le joséphisme cherche à rationaliser le culte et à "libérer" le clergé (et donc le peuple) de l'influence de la papauté et des jésuites.

L'action de Joseph II tend à créer une église nationale pour le Saint-empire où toutes les ordonnances religieuses, aussi bien celles du pape que les autres, sont subordonnées au consentement impérial. L'empereur abolit la dépendance de l'autorité épiscopale au pape et fait prêter aux évêques un serment par lequel ils se soumettent à l'État. La réception de titres pontificaux et les études à l'Université allemande de Rome sont interdites.

L'ensemble des propriétés ecclésiastiques, mobilières et immobilières, est transféré à un "Fonds pour la Religion".

De plus, Joseph II signe un Acte de tolérance qui donne aux Grecs orthodoxes, aux Protestants et aux Juifs la liberté d'exercice pour leur religion et les droits de citoyenneté.

Pie VI se rend à Vienne en 1782 pour s'opposer à toutes ces mesures (c'est le premier voyage d'un pape hors de Rome depuis le retour d'Avignon) mais il n'obtient rien et doit se résigner à accepter l'état de fait.
Contre la Constitution civile du clergé :
 
Pie VI ayant toléré le joséphisme, les autorités révolutionnaires françaises pensent qu'il acceptera la nouvelle organisation religieuse française qui obéit aux mêmes principes.

Face à une situation antireligieuse plus radicale (nationalisation des biens du clergé, abolition des vœux monastiques) le pape hésite avant de se décider, le 9 juillet 1790, à faire savoir à Louis XVI qu'il s'oppose au projet de Constitution civile du clergé.

Le 10 mars 1791 Pie VI envoie son bref « Quod Aliquantum » au Cardinal de La Rouchefoucault. Il y analyse le contenu de la constitution civile pour le condamner.

Cette décision crée une situation de schisme entre les prêtres et les évêques "constitutionnels" et les prêtres et les évêques "réfractaires" restés fidèles à l'Église.
Face à Bonaparte :

Après le succès de sa Campagne d'Italie de 1796-1797, Bonaparte contraint Pie VI à signer le traité de Tolentino avec le Directoire, qui concède à la France les légations de Romagne, de Bologne et de Ferrare.

Le pape cède définitivement à la France Avignon et le Comtat Venaissin.

De plus le général Bonaparte réclame vingt millions de livres-or au pape.
Une belle bibliothèque dispersée par la Révolution :
 
Les notices de catalogues d'édition et quelques livres en collections publiques et privées donnent une idée de la bibliothèque privée de Pie VI détruite ou dispersée lors de l'invasion française.

Cette bibliothèque comporte avant sa disparition plus de 6.000 volumes dans de belles reliures, parmi lesquels plus de deux cents incunables rares (et particulièrement les premiers incunables romains et vénitiens) dont le pape est un collectionneur passionné, et près de cent cinquante manuscrits.

« De sa bibliothèque émerge une image de Pie VI lecteur sélectif, intéressé par la science et le droit, loin de cet universalisme encyclopédique propre au XVIII° siècle, sûrement un bibliophile sensible au livre comme bel objet ».

En 1798 ce bel ensemble disparait à l'entrée des troupes françaises à Rome. Pierre Daunou, administrateur de la Bibliothèque Ste Geneviève de Paris, en profite pour récupérer 250 ouvrages pour sa bibliothèque. Ce fond a été l'objet en 2015 de l'exposition « Le pape et l’idéologue : la bibliothèque privée de Pie VI à Sainte-Geneviève ». Gaspard Monge prélève aussi des ouvrages de la bibliothèque de Pie VI et de la
bibliothèque Albani pour la Bibliothèque nationale et la bibliothèque de la nouvelle Ecole polytechnique.
Le cabinet de gravures du Vatican :
 
En plus de sa bibliothèque personnelle, Pie VI porte un grand intérêt au développement de la Bibliothèque vaticane.

La première référence à une collection substantielle de gravures à la Vaticane date de l’époque de son élection. Elle comporte alors environ 30.000 impressions.

Le pape décide de dédier spécifiquement plusieurs salles de la Bibliothèque vaticane aux gravures et impressions. Ces salles sont installées sur le même étage que le Salone Sistino, près de la cour de la Pigne, où le musée Chiaramonti est situé aujourd’hui.

Pie VI est à l’origine de la création de la première collection systématique de gravures à la Bibliothèque vaticane qui est actuellement appelée le « Fondo Antico ». C’est une superbe collection comportant plus de 17.000 gravures du XV° au XVIII° siècle, réunies en 161 grands volumes.
La République romaine :
 
À la nouvelle de l'assassinat du général Duphot, les troupes françaises menées par le général Louis-Alexandre Berthier envahissent les États pontificaux et s'emparent de la ville de Rome le 11 février 1798.

À la place du Saint-Siège le général Berthier proclame la « République romaine » le 15 février. Le nouveau régime est fraîchement accueilli par la population romaine qui a mal vécu les pillages qui ont accompagné la prise de Rome.

Le pape Pie VI est contraint par le Directoire de renoncer à son pouvoir temporel et de se contenter de son pouvoir spirituel. Déposé lors de la proclamation de la République romaine, il est en fait prisonnier.

Octogénaire et très malade, il demande la grâce de pouvoir mourir à Rome. Un général français lui répond: « Mourir cela peut se faire partout ». Pie VI quitte Rome dans la nuit du 19 au 20 février 1798.
Prisonnier des français :
 
Après son départ de Rome Pie VI se réfugie à Sienne puis à la chartreuse de Florence.

Rattrapé par les troupes françaises il est fait prisonnier. Il est successivement emmené à Bologne, Parme et Turin. Son calvaire se poursuit quand le vieux pape malade franchit le col du Montgenèvre, culminant à 1 850 m, qui relie Cesana Torinese à Briançon.

Deux mois après son arrivée à Briançon il reprend la route. Son voyage se termine à Valence où il est incarcéré.
Mort à Valence :
 
A Valence le pape, prisonnier dans la citadelle, reçoit de nombreuses marques de respect et de compassion. C'est là qu'il meurt, épuisé, à l'âge de 81 ans le 29 août 1799.

Pie VI reçoit des obsèques civiles et est enseveli au cimetière de Valence.

Certains pensent qu'avec la mort du pape-prisonnier s'achève la « Papauté » comme institution. Cependant le pape a laissé des instructions canoniques quant à la tenue du conclave qui suivra sa mort. Un nouveau pape, Pie VII, est élu en 1800. Bonaparte accepte le rétablissement des Etats pontificaux.

Le concordat de juillet 1801 permet le retour du corps de Pie VI à Rome le 24 décembre, où il reçoit des funérailles conduites par son successeur dans la basilique Saint-Pierre de Rome.

Mais, sur réclamation des habitants de Valence, le cœur et les entrailles de Pie VI retournent et reposent dans la cathédrale de Valence.
Sources :


> Page Wikipédia Pie VI


> Enciclopedia dei Papi

> Cabinet de gravures du Vatican

> bollettino.aib.it

> Massimo Ceresa, "Una biblioteca nella Rivoluzione: i resti della Biblioteca di Pio VI", in "Due papi per Cesena: Pio VI e Pio VII"

> Bibliothèque Sainte-Geneviève : « Le pape et l’idéologue : la bibliothèque privée de Pie VI à Sainte-Geneviève »

> Site « Napoléon & Empire »


> « Questions en partage »

> Notice du Vatican


> Bibliothèque de l'Institut

> Page Wikipédia Joséphisme


> Description hydrographique et historique des marais Pontins

> Page Wikipédia République Romaine

   
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