Ombres de mes livres

 

… où j’ai cherché à esquisser les silhouettes des
premiers possesseurs de mes livres anciens.
 
 
 
Louis, duc d'Orléans
Le "Génovéfain"

(1703-1752)


Deux livres à ses armes avec le même contenu à la même date !
Le premier livre :

Office de la quinzaine de Pasque
pour la Maison de Mgr le duc d'Orléans

à Paris, chez d'Houry, 1740
in 8, maroquin rouge






Le second livre :

Office de la quinzaine de Pasque
pour la Maison de Mgr le duc d'Orléans

à Paris, chez d'Houry, 1740
in 12, maroquin brun

Les fers du possesseur :

Ecu timbré d’une couronne de prince français
et entouré des colliers des
ordres de la Toison d'Or, de St Michel et du St Esprit

« D'azur aux trois fleurs de lis d'or, au lambel d'argent »


Le blason des rois de France (d'azur aux 3 lis) est "brisé" par le lambel
marquant que les ducs d'Orléans sont les cadets des rois de France.

 
Louis 1er, duc d'Orléans
(Versailles, 4 août 1703 - Paris, 4 février 1752)
Duc de Chartres, de Valois, de Nemours et de Montpensier

Le "Génovéfain"

Premier Prince du Sang

Colonel général de l’infanterie

Gouverneur du Dauphiné

Grand-maître de l'Ordre de Saint-Lazare



 
Le fils du Régent :

La Maison d'Orléans a été fondée par Philippe, frère de Louis XIV, qui reçut l'apanage d'Orléans à la mort de son oncle Gaston en 1661. Son fils Philippe (1674-1723) devient en 1715 Régent de France durant la minorité de Louis XV. Le Régent réside au Palais-Royal qui est, de 1715 à 1723, le cœur de la vie politique et artistique, supplantant Versailles.
Le premier Prince du Sang :

Louis d'Orléans est le fils du Régent et de
Mademoiselle de Blois. Comme tous les fils ainés des Orléans il est duc de Chartres à sa naissance. En 1709 il est titré premier Prince du Sang. A la mort de son père il devient duc d'Orléans, de Valois, de Nemours et de Montpensier.

Il entre au Conseil de régence en 1718 et fait, la même année, partie du comité de la guerre. En 1719 il est nommé gouverneur du Dauphiné. Il remplit soigneusement sa tâche et sait s’entourer de personnes compétentes et efficaces. Il ne manque pas une occasion de secourir la province.

En 1721, il devient colonel général de l'infanterie. Il perd l’exercice de sa charge à partir de 1723, avant d’en démissionner en 1730.

Le premier Prince du Sang dispose d'une maison composée de 266 officiers. Il siège dans tous les conseils du royaume, auxquels il manque rarement, et y opine sur les choix politiques.
Le Grand-maître de St Lazare :
 
En 1720 Louis d’Orléans devient Grand-maître de l’Ordre de St-Lazare et de N.D. du Mt-Carmel qui traverse alors une période de déclin. Il entreprend des réformes pour en restaurer l’éclat.

L’Ordre de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel résulte de la fusion de deux ordres royaux. En 1608, le Pape Paul V crée, à la demande du Roi Henri IV, l’Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel. La même année le Roi fusionne l’ordre avec l’ancien Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, fondé à l’époque des croisades pour soigner les lépreux et tombé en désuétude mais encore riche en biens fonciers. Ainsi est créé l’Ordre de St-Lazare et de N.D. du Mt-Carmel, composé de 100 chevaliers issus de la grande noblesse (huit quartiers de noblesse), rompus à la carrière des armes et astreints à une discipline religieuse rigoureuse. C’est un ordre à caractère militaire, dont le chef souverain, le Roi, désigne le Grand-maître dans la famille royale.
Au Palais Royal :

Construit par Richelieu en 1628, le Palais-Cardinal, légué au roi en 1642, sert de résidence à Louis XIV enfant pendant les troubles de la Fronde et devient le Palais-Royal. Donné en apanage à Philippe d'Orléans en 1692, il devient le palais des Orléans. Le petit-fils du Génovéfain, Philippe-Egalité, le rebaptisera Palais Egalité sous la Révolution. Restitué en 1814 à Louis-Philippe, futur roi des français, il restera sa résidence jusqu'en 1830.

Les seuls travaux effectués par le Génovéfain au Palais Royal concernent les jardins restaurés par le neveu de Le Nôtre. Ils sont alors ouverts au public et attirent une foule de promeneurs.
Le collectionneur :

Louis d'Orléans enrichit la collection de tableaux des Orléans et, surtout, rassemble un prestigieux ensemble de médailles et de pierres gravées, rachetées à la princesse Palatine et à Pierre
Crozat.

Il fait travailler de nombreux artistes, en particulier son portraitiste officiel, Charles Coypel, le peintre Alexis-Simon Belle, l’ébéniste Charles Cressent et l’orfèvre Thomas Germain.

Il possède aussi un cabinet d'histoire naturelle.
L'érudit :

Le duc d'Orléans est connu pour ses connaissances approfondies en théologie. Il laisse plusieurs ouvrages de controverse, des traductions et des commentaires sur l'Ecriture Sainte.

Il est réputé comme hébraïsant mais lit aussi le chaldéen, le syriaque, l'arménien et l'hindou.

Louis d'Orléans constitue le fonds de sa bibliothèque de 1720 à 1730, ne cessant de l'enrichir jusqu'à sa mort : elle comprend près de 3500 titres en 1752. Outre les outils de travail nécessaires à ses recherches, la bibliothèque du duc comprend des ouvrages rares et les livres des Estienne. Ses reliures sont surtout confiées à Lemonnier.
Le "Génovéfain" :

En 1725 Louis d'Orléans épouse Jeanne de Bade qui meurt en couches l'année suivante. Veuf inconsolable le duc voit sa dévotion grandir.

En 1730 il prend un appartement à l'abbaye Sainte-Geneviève où il se fixe définitivement en 1742, d'où son surnom de "Génovéfain".

Il se retire durant les dix dernières de sa vie dans un petit appartement coincé entre les deux églises Sainte-Geneviève et Saint-Étienne du Mont. Ses importantes œuvres de bienfaisance lui valent le surnom de “ père des pauvres ”.
Une fin mouvementée :

A sa mort, en 1752, louis d' Orléans n'aurait pas reçu les derniers sacrements, ce qui est étonnant pour un homme aussi pieux.

Deux explications opposées sont données à l'époque :
  1. A la fin de sa vie le duc aurait eu l'esprit un peu dérangé et, pensant que son fils ne pouvait procréer, il aurait considéré ses petits-enfants comme des bâtards et refusé de les reconnaitre; le curé lui aurait refusé les derniers sacrements pour cette raison.
  2. En 1746 Mgr de Beaumont, archevêque de Paris décide que les fidèles doivent pouvoir justifier d'un "billet de confession" d'un prêtre favorable à la Bulle Unigenitus pour recevoir les derniers sacrements. Louis d'Orléans étant réservé sur la Bulle l'archevêque les lui aurait refusés.
Malgré cet épisode au moins quatre oraisons funèbres sont prononcées, dont une, bien sûr, à l'abbaye Sainte-Geneviève. Le duc d'Orléans est inhumé au Val de Grâce.
Sources :


> Eugène Olivier, Georges Hermal, Robert de Roton : Manuel de l'amateur de reliures armoriées françaises, planche 2570

> Marie-Estelle Gordien, thèse Sorbonne 2002

> Page Wikipédia Louis d’Orléans

> Page Wikipédia Ordre de Saint Lazare

> Régine de Plinval de Guillebon : le Régent, le Génovéfain, l’abbesse de Chelles et les arts du feu
 


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