Ombres de mes livres

 

… où j’ai cherché à esquisser les silhouettes des
premiers possesseurs de mes livres anciens.
 
 
 
Claude Boucherat, Abbé de Pontigny
 
Une reliure de Clovis Eve,
début XVII° siècle :


Malheureusement le livre a été transformé en sous-main
et il n'en subsiste que la superbe reliure.

Cette reliure est sans doute l'oeuvre de
Clovis Eve, actif de 1584 à 1634.

Il fut le relieur d’Henri III, d'Henri IV et de Louis XIII.

Succédant à son père Nicolas comme relieur du roi,
il disposa des deux séries de fers et d'armes
gravées en 1579 et en 1583
par Philippe Damphrie, graveur général des monnaies du roi.

La reliure peut être datée de la charnière
entre la fin du XVI° siècle et le début du XVII° siècle.


Elle se caractérise par des fers très fins avec des motifs de feuillages.


Le fer du possesseur :


Ecu timbré d’une mitre et d'une crosse :

« Ecartelé : au 1 et au 3, d’azur au pont d’argent, surmonté d’un arbre portant un oiseau dans son nid au naturel, accosté de deux fleurs de lis d’or
(qui est l'abbaye de Pontigny);
au 2 et au 4, d'azur au coq d'or (qui est Boucherat) »


Les armes de Pontigny sont des armes parlantes (pont - nid).

A noter la finesse du fer qui laisse apparaitre
l'oiseau et son nid dans chaque arbre.

Sceau de Claude Boucherat
Claude Boucherat
(avant 1550 - 1613)

Abbé de Pontigny


Docteur en Sorbonne
Conseiller d'Etat
Aumônier du roi


Vicaire général de l'Ordre de Cîteaux

Prieur des Mazures
L'élection difficile de l'abbé de Pontigny :

Claude Boucherat est abbé de Pontigny de 1588 à sa mort en 1613. L'abbaye est à l'époque un monastère cistercien, l'une des "quatre filles" de Cîteaux.

La prise de poste de Claude Boucherat est très laborieuse.

L’abbaye de Pontigny est tombée sous le régime de la commende depuis le concordat de François 1er, ce que contestent les religieux.

En 1584 à la mort de l’abbé Louis d’Este, cardinal de Ferrare, les moines procèdent à l'élection d'un nouvel abbé, François-Jean de Mavie, prieur de La Russière. L’élection est frappée de nullité. Toutefois le Pape ne pourvoit pas à la vacance. C'est Henri III qui s'en charge : il gratifie de l'abbaye le marquis de Saint-Sorlin qui, du reste, appartient à la famille d'Este.

Cependant Saint-Sorlin, après avoir vainement sollicité ses bulles, las de les attendre et craignant que l'abbaye ne lui échappe complètement, se démet de son titre au profit de Claude Boucherat, non toutefois sans avoir reçu de ce dernier un large dédommagement pour cet abandon. Henri III ratifie cet arrangement le 18 décembre 1588.

Les troubles de la France, la mort d’Henri III, sont autant de circonstances qui permettent aux moines de se plaindre à Rome de l'irrégularité de la possession de Claude Boucherat et de s'opposer à l'obtention de ses bulles. En effet, elles ne sont pas expédiées, et le nouvel abbé se voit contraint de déposer sa démission.

Satisfaits de cette concession, de cette reconnaissance de leur pouvoir, les religieux de Pontigny consentent à l'élire. Il reçoit ses bulles et sa nomination est confirmée par un brevet d’Henri IV le 10 mai 1594.
Le prieur des Mazures :

Quand il devient abbé Claude Boucherat est déjà, depuis au moins 1581, prieur du monastère cistercien Notre Dame de la Consolation, Les Mazures (Ardennes).

Ce petit prieuré ne lui rapporte que 150 livres. Ses ressources proviennent essentiellement du "bois de l'abbaye" entourant le monastère, d'une surface de 125 arpents.

Outre cette forêt le prieuré possède " un étang, plusieurs prés, un pasquier et quelques terres labourables. Il possède encore une rente de dix-huit septiers de méteil sur le moulin de Renwez, et diverses dîmes, ainsi que certains droits de patronage ".
 La famille Boucherat :

Les Boucherat sont des nobles originaires de Champagne. Pierre Boucherat, seigneur de la Forge-Valcon, est procureur du roi à Troyes en 1420.

La famille acquiert de prestigieux postes dans l'ordre cistercien : Nicolas Boucherat Ier devient abbé de Cîteaux en 1571. Il est l'oncle de Nicolas II, lui-même abbé de Cîteaux à partir de 1601. Claude Boucherat est abbé de Pontigny, de même que son cousin Charles qui lui succède.

Claude Boucherat est fils de Claude, seigneur d'Athis et de Plaisance.

L'ascension de la famille culmine avec la nomination par Louis XIV de Louis Boucherat, comte de Compans (1616-1699) comme Chancelier de France en 1685.
Sources :
 

> Eugène Olivier, Georges Hermal, Robert de Roton : Manuel de l'amateur de reliures armoriées françaises, planche  2233
 
> Bulletin de la Société archeologique de Sens
 
> Annuaire historique du département de l'Yonne

> Dictionnaire de la noblesse
 
> Page Wikipédia de l'abbaye de Pontigny

> Histoire de l’abbaye de Pontigny

> Prieuré de Mazures


> Mercure Galant 1685
 
> Catalogue Gazette Drouot

> Sceau de Claude Boucherat

 

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