Ombres de mes livres

 

… où j’ai cherché à esquisser les silhouettes des 
premiers possesseurs de mes livres anciens.
 
 
 
Albert-Frédéric d’Erlach-Hindelbank
(1696-1788)
Le livre :


Œuvres mêlées
de Mr le Cardinal de Bernis

A Amsterdam, aux dépens de la Compagnie

1761
L'ex-libris du possesseur :

Ecu timbré d'une couronne de comte :

" De gueules au pal d'argent chargé d'un chevron de sable "



Ex-libris de Matthias Pfenninger (1739-1813)
Albrecht-Friedrich von Erlach
Berne, 15 novembre 1696 - 27 août 1788

Comte du Saint-Empire
Seigneur de Hindelbank
,
Jegenstorf, Urtenen, Bäriswil et Mattstetten

Capitaine dans le régiment Tillier
Colonel des cuirassiers de la Ville de Berne

Avoyer de la République de Berne

Trésorier du Pays de Vaud
Bailli de Morges

Chambellan de l’Empereur
A la tête de la République de Berne.
Un héritier favorisé :

Albert-Frédéric (représenté ci-contre avec sa robe d'enfant) a la chance de succéder à un personnage remarquable.

Son père, Jérôme d'Erlach (1667 -1748), est un brillant officier. Colonel d'un régiment au service de l'Autriche. Il se distingue lors de la guerre de Succession d'Espagne (prise de Landau en 1704). Il est nommé feld-maréchal-lieutenant.

Jérôme devient chambellan de l'Empereur et comte d'Empire. Il se lance par la suite dans une carrière civile: trésorier du Pays romand et avoyer de Berne.

C'est donc par succession qu'Albert-Frédéric obtient la majorité de ses fonctions et titres.
La « tournée cavalière » en Europe :

Albrecht-Friedrich von Erlach entreprend un voyage à cheval, dit tournée cavalière, en France, Angleterre, Hollande et Allemagne entre 1715 et 1718. 

Les recommandations privées et officielles de la République bernoise et la célébrité de son père lui donne accès aux cercles nobles et aux salons. 

Il enregistre ses rencontres avec de nombreuses personnalités ainsi que des visites de villes importantes dans son journal de voyage. Ses documents personnels nous donnent une image vivante de la vie sociale et des réseaux sociaux internationaux au XVIIIe siècle.


Malgré son intérêt la relation de voyage n'a jamais été éditée à ma connaissance.

Le texte est bien sûr écrit en français, langue utilisée au XVIIIe siècle par toute la haute noblesse d'Europe.

 
Militaire pour l’Autriche et Berne :

Suivant l'exemple de son père, Albrecht-Friedrich von Erlach se met au service de l'Empire.

Il devient officier dans le régiment Tillier suisse. Il est capitaine en 1715.

Il est ensuite colonel des cuirassiers de la Ville de Berne. 

Ses nombreuses décorations (chevalier de l'Ordre de la Fidélité, de l'Ordre badois de St Hubert, de l'Ordre du Lion de Hesse, de l'Ordre de l'Aigle Noir de Prusse et grand-croix de l'Ordre de l'Aigle Rouge de Prusse) sont sans doute honorifiques et non liées à des hauts faits militaires, sa carrière ayant laissé bien peu de traces...
Avoyer de la République de Berne :

A la suite de sa carrière militaire Albrecht-Friedrich von Erlach entreprend surtout une importante carrière civile où, là aussi il suit les traces de son père.

Il est Bailli de Morges en 1735, Conseiller d'Etat de Berne en 1735, Trésorier du Pays de Vaux de 1758.

Et c'est en 1759 qu'il atteint le sommet de la hiérarchie bernoise en devenant Avoyer.

L'Avoyer de Berne est à la tête de la Ville et de l'Etat de Berne sous l'Ancien Régime. A Berne, il représente en droit l'Empereur, mais en fait la bourgeoisie dès la seconde moitié du XIIIe s. Il préside le Conseil et aussi, plus tard, le tribunal de la ville. Il est élu par les bourgeois après la transmission des droits de souveraineté du seigneur à la ville en 1293 par privilège impérial. Deux avoyers, l'un en charge et l'autre en réserve, se relayaient chaque année ou tous les deux ans, souvent jusqu'à leur décès.


L'avoyer devient parfois un chef de guerre. En 1781, par exemple, une formidable insurrection de 20.000 paysans menace la ville de Fribourg. Le sort des aristocraties suisses dépend d'une prompte décision. Albert-Frédéric d'Erlach, qui avait convoqué le grand conseil, se lève et dit:

« Hauts et puissants seigneurs, dans les affaires ordinaires nous pouvons délibérer à loisir; mais il s'agit aujourd'hui d'aller sans délai au secours de nos frères. Nous n'avons qu'un moment pour les sauver. Que ceux qui sont d'avis de conférer des pleins pouvoirs au conseil de guerre se lèvent. »

Tous se lèvent. On bat la générale. En vingt minutes la garnison de Berne, qui compte trois cents hommes et forme tout le corps des troupes réglées de la République, se met en marche et, six heures après, l'étendard de Berne, flottant sur une des hauteurs qui dominent Fribourg, disperse les insurgés.
Bailli de Morges :

En 1735 Albrecht-Friedrich von Erlach devient bailli de Morges, ville bordant le lac Léman face à Evian.

Le bailli est le seul représentant bernois sur place. Résidant au château, il surveille le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire et fiscal dont il préside les plus importantes instances.
Sur le plan judiciaire, le bailli préside la première cour d’appel au-dessus de la justice de châtellenie, qui est la première instance. En règle générale, les baillis encaissent l’ensemble des recettes du bailliage.

Le bailli d’Erlach a des rapports très tendus avec les conseils de Morges à de multiples propos (nomination de son receveur dans la bourgeoisie, construction d’une écurie du château contre les grandes halles, frais de charrois pour les réparations du château, assermentation des dockers, élection au conseil, reproches quant à la propreté des rues, refus du bailli d’apposer son sceau sur des lettres partant pour Berne, etc..).

Cela n’empêche pas que, 30 ans plus tard, devenu avoyer de Berne, il remet au conseil de Morges un vitrail à ses armes pour la nouvelle église comme une marque de sa "haute protection et bienveillance perpétuelle".
Le château d’Hindelbank :

Le château d'Hindelbank a été construit en 1720-25 pour Jérôme von Erlach par Daniel Stürler sur les plans de l'architecte français Joseph Abeille.

En 1746 Albrecht-Friedrich von Erlach, hérite deux ans avant la mort de son père, du château. 

Le château d'Hindelbank se dresse au sommet d'une colline faiblement pentue, un peu à l'écart du village. C'est au XVIIIe siècle la plus somptueuse maison de campagne bernoise. Elle est alors un rendez-vous de la bonne société internationale.
Le domaine de Jegenstorf :

Au Moyen-âge Jegenstorf était un château à douves entouré d'un double fossé. 

Albert-Frédéric d'Erlach l'achète à Samuel de Wattenwyl en 1720 et le fait transformer en un splendide manoir de style baroque tardif.

Le donjon subsiste avec la petite tour d'angle. Cette dernière reçoit même trois "soeurs" à peu près semblables dans les trois autres angles, ce qui fait du château une construction presque symétrique.

L'ancienne habitation se transforme en une aile baroque insérée entre deux tours angulaires et s'ouvrant sur un nouveau jardin à la française. La cour est remplacée au nord-est par un bâtiment comprenant une splendide "salle de marbre" au rez-de-chaussée et une "salle d'Hercule" au-dessus, et au nord-ouest par une nouvelle entrée. 
L’hôtel Erlacherhof à Berne :

Albrecht-Friedrich von Erlach achève de 1748 à 1752 la construction de l'hôtel d'Erlach, sans doute le plus prestigieux des hôtels particuliers de Berne.

Dans son Deliciae urbis Bernae Johann Rudolf Gruner a écrit à ce sujet :

"Cette année, le colonel Albrecht Friedrich von Erlach, seigneur d'Hindelbank, a commencé à construire un magnifique palais avec une précieuse terrasse de hauts murs."

L'Erlacherhof est la seule maison de la vieille ville de Berne à avoir une cour d'honneur fermée par une magnifique grille en fer forgé. 

Le vestibule mène à un grand escalier en fer à cheval surmonté d'une galerie à colonnade. La peinture du plafond représente le Triomphe de Cupidon.
La famille Erlach :

La famille d'Erlach est une famille patricienne bernoise, mentionnée pour la première fois en 1104 avec le chevalier Walter, châtelain d'Erlach sur les rives du lac de Bienne, au service des comtes de Neuchâtel.

Bourgeois de Berne vers 1300, Les d'Erlach deviennent l'une des principales familles bernoises, figurant aux XVIIe et XVIIIe siècles parmi les six qui constituent la classe la plus élevée ("wohledelfest") de la bourgeoisie de Berne.

Les d'Erlach se distinguent comme officiers au service de la France, de la Saxe-Anhalt, de la Prusse et du Saint-Empire.
Sources :

Ex-libris au British Muséum

Dictionnaire historique de la Suisse 

Page Wikipédia (en allemand) Albrecht Friedrich von Erlach 

Tournée cavalière 

Page Wikipédia famille d’Erlach 

Famille d’Erlach dans le Dictionnaire historique de la Suisse

Château de Jegenstorf 

Château d'Hindelbank

Avoyer 

Philipp Albert Stapfer : Histoire et description des principales villes de L'Europe, Suisse. Page 17-18


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