Ombres de mes livres

 

… où j’ai cherché à esquisser les silhouettes des
premiers possesseurs de mes livres anciens.
 
 
 
Abbé Jean-Paul Bignon, Bibliothécaire du Roi
(1662-1743)
Le livre :

Saint-Evremond :
Oeuvres mélées ou mélange curieux
des meilleures pièces attribuées

à Monsieur de Saint-Evremond

à Londres, chez Jacob Tonson, 1711
Le fer du possesseur :

 
Cet élégant super-libris est décrit dans une
notice de la bibliothèque de l'Institut de France

La marque de possession est complétée par l'apposition de
fers aux deux B accolés au dos du livre.


 
Abbé Jean-Paul Bignon
(Paris 19 septembre 1662 - château de l'Isle-Belle 14 mars 1743)

Bibliothécaire du Roi
(" Maître de la Librairie et Garde de la Bibliothèque du Roi ")

Seigneur de l'Île Belle et d’Hardricourt
Abbé de Saint-Quentin-en-l'Isle

Prédicateur ordinaire de Louis XIV
Conseiller d’Etat d'église

Membre de l’Académie Française
Président de l’Académie des Sciences
Secrétaire de l'Académie des Inscriptions et Médailles

Co-directeur du Journal des Savants



 
Un abbé libertin :

Protégé par son oncle, le Chancelier Louis Phélypeaux de Pontchartrain, Jean-Paul Bignon, oratorien, commence une belle carrière ecclésiastique à la Cour. En 1692 il devient Prédicateur ordinaire de Louis XIV. Il est nommé Abbé de Saint-Quentin-en-l'Isle en 1693. Il est Député aux Assemblées du Clergé en 1693 et 1695. En 1701, il devient Directeur du Bureau des affaires ecclésiastiques.


Alors qu'il peut espérer devenir très vite évêque sa vie privée le lui interdit définitivement.

En effet, vivant en concubinage, l'abbé Bignon est père d'une fille. L’historienne Érica-Marie Benabou rapporte que, selon les inspecteurs de police, il demande des services particuliers aux prostituées parisiennes... 


«Que faire donc d'un prêtre à qui ses moeurs ont ôté toute espérance de l'épiscopat?» demande Saint-Simon dans ses Mémoires.
Le Bibliothécaire du Roi :

Ne pouvant plus es
pérer la crosse, l'abbé Bignon entame une nouvelle carrière. Déjà Maître de la Librairie depuis 1699, il est nommé en 1718 Bibliothécaire du Roi par l'intervention de son cousin, le ministre Maurepas.

La Bibliothèque Royale est à cette époque la plus grande bibliothèque d'Europe. A l'arrivée de l'abbé elle accueille 70 000 livres. L'abbé Bignon s'appuie sur un réseau de correspondants pour l'acquisition de documents et fait entrer tous les ouvrages importants de l'Europe savante. Quand il se démet, après 22 ans à son poste, la Bibliothèque possède 135 000 livres, dont un quart manuscrits.


Pour gérer la masse des dépôts, l'abbé Bignon crée cinq départements : Imprimés, manuscrits, titres & généalogies, estampes et médailles.

En 1720 la Bibliothèque du Roi est rendue accessible au public, un jour par semaine pendant trois heures. Pour la première fois la Bibliothèque édite un catalogue en 1736.

La Bibliothèque, auparavant logée à l'étroit, prend possession en 1721 de l'ancien palais de Mazarin. C'est le début de l'installation dans le "quadrilatère Richelieu", site historique de l'actuelle BNF.

En 1741, se sentant âgé et désireux que le poste ne dépérisse pas, l'abbé Bignon se démet de sa charge au profit de son neveu, Jérôme Bignon de Blanzy.
Un directeur de la Librairie ouvert aux "permissions" :

En matière de censure le tempérament libertin du "Maître de la Librairie" le porte à l'ouverture d'esprit. Mais sa conduite est surtout dictée par l'intérêt bien compris du commerce français.


Dès l’année 1709, l’abbé Bignon reconnaît que la rigueur du régime des privilèges et de la censure préalable, renforcée sous Louis XIV, est vaine et qu’elle menace les intérêts du royaume.


Mieux vaut tenter de contrôler une partie des éditions publiées hors du circuit officiel et parisien, plutôt que de laisser l’édition hollandaise ou belge prospérer aux dépens du marché français.

C’est l’origine des "permissions tacites", ces autorisations d’imprimer délivrées par la direction de la Librairie mais non mentionnées dans les éditions qui seront fictivement imprimées à Amsterdam ou à Londres.

Elles vont permettre, pendant tout le XVIIIe siècle, de couvrir discrètement des ouvrages audacieux ou non conformistes publiés en France – sous fausse adresse ou sous adresse partiellement fictive –, sans pour autant paraître les cautionner.
 Le contrôle des académies :

L'abbé Bignon est membre de l’Académie Française, s
ecrétaire de l'Académie des Inscriptions et Médailles et président de l’Académie des Sciences. Il entreprend de réformer ces vénérables institutions dont Ponchartrain lui a confié le contrôle.

Comme président de l'Académie des Sciences pendant seize mandats annuels, compris entre
1699 et 1732, il anime véritablement la vie scientifique. Il décide de l'octroi des brevets aux inventeurs.

Il organise des missions scientifiques, comme celle de Peysonnel pour étudier le corail rouge en Méditerranée.

Pendant vingt ans il correspond avec Réaumur et protège le botaniste Tournefort qui donnera le nom de "Bignonia" à une nouvelle famille de plantes venues d'Amérique.
La réforme du Journal des Savants :

L'abbé Bignon intervient aussi en tant que co-Directeur du Journal des Savants. Il donne à la revue la forme qu'elle a toujours conservée jusqu'au XIXe siècle.

Ce journal avait été pendant longtemps l'ouvrage d'une seule personne. Bignon juge plus convenable qu'il soit rédigé par une Société de savants, travaillant sous son étroit contrôle.
Une importante bibliothèque personnelle :

L'abbé Bignon possédait une bibliothèque de 35 000 volumes avant qu'il ne soit Bibliothécaire du Roi. A son entrée en fonction il la vend au financier Law. Celui-ci la revend au Cardinal Dubois en 1723 pour la somme de 50 000 francs.

A la mort du Cardinal, les libraires de Paris achètent la bibliothèque pour 65 000 francs et la cédent presque aussitôt pour le prix de 80 000 francs à Guiton, secrétaire de l'ambassadeur de Hollande, qui la fait transporter à la Haye où elle est vendue à l'encan en 1725.

C'est l'abbé Bignon qui rédige le catalogue de la vente de la bibliothèque Dubois à La Haye, ce qui ne doit pas être compliqué pour lui puisqu'il en est le créateur !
Seigneur en son île :

L'abbé Bignon a sa résidence dans une île de la Seine, le domaine de l'Isle-Belle à Meulan, érigé en fief en août 1724.

Sur la berge proche il possède aussi la Seigneurie d'Hardricourt.

En bon seigneur féodal, l'abbé obtient en 1739 un arrêt du Conseil d'Etat pour percevoir dix sols sur chaque bateau que l'on est obligé d'attacher aux pieux de l'Isle-Belle pour passer sous le pont de Meulan.

Bien doté par ses charges et ses abbayes, l'abbé Bignon dispose dans l'île d'une demeure de plus de soixante mètres de façade avec un riche mobilier.

Il y a installé une cave choisie -  bourgogne, grave, alicante, canarie, champagne - des vins qu'il reçoit par la Seine.
Les Bignon, une dynastie au service du roi :

La famille Bignon est originaire de l'Anjou. Les Bignon habitent à Paris un hôtel de la rue des Bernardins.

Jérôme Bignon (1589-1656) est juriste, Conseiller d’État et Maître de la Librairie ; son fils Jérôme II Bignon (1627-1697), avocat général, doit renoncer à son poste de Maître de la Librairie au
profit de l'abbé Louvois ; Jean-Paul Bignon est le fils de Jérôme II.

Jérôme Bignon de Blanzy (1698-1743), ne
veu du Jean-Paul, lui succède comme Bibliothécaire du Roi mais meurt une semaine avant lui ; son frère, Armand-Jérôme Bignon (1711-1772), reprend la charge de Bibliothécaire du Roi tout en étant Prévôt des marchands de Paris ; enfin Jérôme-Frédéric Bignon (1747-1784), fils du précédent, est aussi Bibliothécaire du Roi.

Les armes de la famille Bignon se blasonnent : " D'azur, à la croix de calvaire d'argent, accolée d'un cep de vigne terrassé de sinople, cantonnée de quatre flammes d'or " .
Sources :


> Page Wikipédia de l'abbé Bignon

> Manuscrits médiévaux et marques de provenance    


> Dictionnaire des journalistes (1600-1789)  

> Marque n° 227, Bibliothèque de l’Institut de France    

>  Les directeurs de la Bibliothèque nationale     

> La charge de bibliothécaire du roi aux XVIIe et XVIIIe siècles

> Histoire littéraire du règne de Louis XIV  

> Le livre au Grand Siècle

> Joannis Guigard : Armorial du bibliophile, Bachelin-Deflorenne, 1870, volume 1, page 95


> Jean de Viguerie, Histoire et dictionnaire du temps des Lumières, page 765

   

Les textes et documents utilisés dans cet article proviennent des sources mentionnées ci-dessus. Je me suis efforcé de n’utiliser que des éléments qui font l’objet d’une diffusion publique mais, s’il apparait à l’un des propriétaires de textes ou d’images que j’enfreigne ses droits, je le remercie de le signaler ; cela sera retiré immédiatement.



Créé avec Créer un site
Créer un site